Là où les fuites renoncent à exister

Presque bonne année !

Les fêtes de Noël ont filé comme une parade confuse. On a pris trois kilos d’amour gras, on a reçu des cadeaux qui brillent encore dans le salon comme des satellites domestiques, et soudain tout s’éteint. Rideau. À l’année prochaine, Père Noël et ta magie à contrat court, toi qui bosses une nuit, encaisse les remerciements et retourne dans ton anonymat en polaire rouge. Le type a trouvé le seul CDI de la fugacité, et il paraît que ça marche.

Les derniers jours de 2025 se trainent encore un peu sur le parquet. Pas de rétrospective, pas de best-of lacrymal, je ne vais pas me transformer en voice-over nostalgique avec violons intégrés. J’aurais pu ressusciter Plysk, ce petit passager clandestin de mes pages, mais il dort quelque part en Savoie, à côté d’un lac qui pense plus que moi. Il s’y apaise, il se répare, il apprend peut-être le silence. Je lui souhaite d’y rester tant qu’il le faut. On n’a pas toujours besoin d’un retour triomphal, parfois il suffit d’une chaise face à l’eau.

En 2026, j’attends encore mon roman comme on attend une aurore qu’on ne sait pas provoquer. Je garde confiance, ou quelque chose qui lui ressemble, mal coiffé mais debout. Peut-être qu’il paraîtra en 2027. Peut-être plus tard. Je ne suis qu’écrivain, c’est déjà beaucoup et trop peu, je ne tiens pas les calendriers du monde, je tente juste de tenir mes phrases sans qu’elles tombent. J’avais promis de ralentir, d’écrire pour moi, par discipline, comme certains font du sport pour ne pas s’effondrer. Écrire pour ne pas rouiller l’intérieur, comme on aime entre deux amours, maladroit, mais vivant.

Et puis une image est venue frapper à la porte, une scène rêvée, peut-être un souvenir revenue en civil. Elle a pris de l’ampleur, elle s’est installée au centre, et me voilà depuis trois semaines lancé dans un nouveau roman. Quinze mille mots déjà, un quart de promesse, un quart d’illusion peut-être, mais je fonce. Je n’ai jamais écrit aussi vite, ce qui ne veut rien dire et tout à la fois. J’en suis encore loin, très loin, mais au moins je marche. Et cela confirme une chose essentielle pour la science humaine: Sarkozy et ses livres écrits en moins d’un mois, c’est du spectacle pyrotechnique. L’écriture n’aime pas les chronos. Elle avance en boitant, avec des sacs pleins de doutes.

J’ai décidé d’apprendre à me traiter avec un peu de douceur, comme un instrument fragile qu’on aurait trop secoué. Les gens qui m’épuisent jusqu’au fond du bassin, je les laisse désormais au fond du décor. Ils vivront dans ma grande réserve d’indifférence, sans chauffage. J’essaie aussi d’arrêter de fuir par dix mille issues de secours, de moins traîner les nuits pour me dissoudre, de ne plus tomber amoureux des catastrophes annoncées, de moins boire, de moins enfermer tout en moi comme un gardien de prison fatigué. Résultat: je vois moins de monde, je baise moins, je parle un peu plus, et, miracle discret, je souffre moins. Je cuisine même. Je découvre que couper des oignons peut ressembler à un exercice spirituel, sauf pour les yeux.

Je deviens quelqu’un d’ennuyeux, paraît-il, une sorte d’homme calme en travaux, équipé de casseroles et de solitude apprivoisée. Et ça me convient. J’avais sans doute besoin de ce vide habité.

Je vous souhaite une année 2026 remplie de joies peu spectaculaires, celles qui tiennent chaud sans faire de bruit. Gardez vos rêves sur la table de nuit, vos espoirs près de l’évier, et vos tisanes prêtes à murmurer le soir.

La plume perchée de Sébastian Blysk

Par Sebastian Blysk

Ecrivain, et travailleur social (ou inversement)

Auteur d’Une Petit longue déclaration, recueil publié le 9 mars 2022
aux éditions Frison-Roche Belles-lettres.

“Les Fragments d’un chagrin” est sorti le 29 janvier 2025 aux éditions Lys Bleu

Je suis dans la rédaction d’un roman.